les morues font du ski
j’adore qu’on m’étale complaisamment à la figure ma paresse intellectuelle, ma peur de la nouveauté et mon manque d’ambition, trois défauts dont je ne suis pas avare.
digest d’une conversation toute fraiche avec Annabelle, stagiaire sur mon lieu de travail. (c’est elle qui pose les questions)
“tu vas pas en montagne?”
“ben pas souvent”
“mais tu fais pas de ski?” “non” (c pas parce que je suis grenoblois que je dois aller m’entasser avec des parigots à la noix pour le plaisir)
“mais ça sert à quoi d’habiter ici?”
“je suis né ici” (connasse)
“t’es jamais parti d’ici?”
“non” (merci vilaine, je sais que j’ai complètement loupé ma vie en suivant les opportunités professionnelles qui se présentaient)
“et ton boulot c’est ton premier boulot?”
“oui” (je sais, furoncle, (elle ressemble un peu à un furoncle) j’ai tellement manqué d’ambition et d’estime de moi pendant des années que je me suis satisfait d’une situation totalement dénuée d’intérêt, merci, je paie une psy pour me relever de ça)
à ce moment là elle vomit devant tant de provincialisme bouseux, elle pourtant limousine mais sauvée de la fange par 8 ans passés à PARIS (elle prononce les majuscules)
ah, et puis elle peine à réprimer un rictus de mépris.
j’ai beau lui dire qu’une fois fonctionnaire je pourrai bouger, c’est trop tard!! je me suis trop tartiné le torse avec l’huile de foie de morue de ma médiocrité.
je ne vais pas lui reparler tout de suite
Vision assez pertinente des choses. Dommage que ce soit des poufs qui nous poussent poser à plat ce genre de visions sur nous même. Nous devrions peut être pas les maipriser autant, et plutôt leur dire merci de nous acculer devant des évidences qu’on ne veut pas voir par lacheté.
j’aurais souvent l’occasion de lui dire merci, vu qu’elle persiste à vouloir discuter avec moi (je ne sais pas comment j’ai pu me retrouver à table à coté d’elle ce week-end
elle ne s’est rendu-compte de rien en plus! c’est ça le problème avec les gens qui croient détenir la vérité, (alors que je sais bien que c’est moi qui la détiens (attendez que j’aie 33 ans, et que mon syndrome du messie se concrétise!!))
je ne comprends pas cette rancoeur, il faudrait peut-être te dire en face que tu es un raté, cela te serait-il moins douloureux?