Voici le premier chapitre de mon journal américain…
“Jésus tombe pour la deuxième fois”: les indications de lieu signalent mes arrêt repos et écriture lors de mon “marathon de New York”. Les italiques marquent ce que j’ai vraiment écrit là bas…
Lundi 29 août lieu: le cimetière de Trinity Church

départ 6h50 l’air est chaud et humide. rue déserte. Manhattan noyé dans la brume. les odeurs, la température, l’humidité, ont été les signes les plus clairs du fait que cette fois, j’étais loin. Le chant des insectes, inconnu, l’aspect conquérant des arbres du New-Jersey; étais-je conditionné à donner une couleur “nouveau-monde” à tout, ou les choses la possédaient-elles vraiment?
1h de bus plus tard. vers 8h Tyrus et moi prenons un café assis sur les marches de la poste. Je lui ai demandé “the worst coffee ever”. Il est très bon (déception). Métro ligne A -> premier arrêt de Brooklyn. comme la veille où je suis descendu de l’avion pour tout encaisser de plein fouet, les accents, la pluie, la chaleur, je vois ce matin Times Square, la gare routière à l’heure de pointe, le café légendaire. Je ne peux pas encore trier les informations; j’adopte une fluidité mentale pseudo-bouddhiste, et me laisse traverser.
Traversée du pont -> city hall. Les immeubles entassés ont grandi jusqu’à occuper toute la place. Malgré moi je longe Ground 0. Impossible d’y échapper mais le trou fait plus penser à un chantier qu’à l’épicentre d’une explosion nucléaire. Avant ça: tentative de rentrer dans Woolworth Building. J’aperçois le plafond entièrement doré qui tient plus d’une église byzantine que gothique-> le garde me fait non de la main.
World Financial Center. Une galerie clinique aux marbres étincelants. Tour de la presqu’île à pied. Liberté loin dans la brume mais le temps s’éclaircit. Je tente de visiter le Skyscrapers Museum mais il est fermé. Perdu dans les ruelles du Financial District. Marteaux piqueurs et vacarme. J’essaye de ne pas multiplier les photos à l’infini. Il fait très chaud. Je suis Broadstreet, attiré par la flèche de Trinity Church, et constate que le cimetière tient lieu de jardin public. Les tombes ont 200 ans. Mais le grondement de la ville ne s’atténue pas. Mon premier jour, mon premier matin même, et je me rappelle tellement de la caissière black qui ondulait de la voix et du corps entier, et qui n’était qu’un sourire. Peut-être m’a-t-elle appelé “baby”. Les gens aiment les gens, ou du moins est-il considéré comme impoli de montrer qu’on ne les aime pas. Dans le cimetière, un vieil homme qui déjeune sur le banc à côté de moi me montre les tombes et m’explique qu’elles ont l’air de fantômes.
lieu: le McDonald’s de Chinatown
Après une halte à la librairie Border’s, remonté Broadway (Chrysler Building luisant au loin) et crochet par le bureau de poste qui jouxtait WTC. Marché sans but et bifurqué vers la droite et Chinatown. Je vais essayer de trouver le grand magasin indiqué dans le guide.
lieu: Tompkins Square, East Village
Chinatown a gagné: je n’en peux plus. Deux heures en plus de boutiques défilant sans trève, de bazars kitsch et de montres en or. Les américains feraient mieux de craindre leur véritable futur adversaire, d’autant qu’il est spectaculairement implanté chez eux. Ici, à Tompkins Sq, je peux apercevoir une religieuse qui me fait penser aux deux nonnes bouddhistes aperçues au Mc Do tout à l’heure.Les écureuils sont énormes. je ne bouge plus. Lessivé de cette première journée de marche, et dérouté. je n’ai pas vu les merveilles, la gloire de la ville; j’ai vu des quartiers interminables de bâtiments bas, de cables électriques apparents, de marginaux tatoués, de chinois inhospitaliers. Le sentiment d’étouffement dans Chinatown était quasi insupportable: la moiteur, la foule, les odeurs. Les gratte-ciel, mes chers gratte-ciel, miroitaient légèrement dans l’air étouffant; mais la vie ne paraissait-elle pas plus présente dans les quartiers délabrés?